Uprooted in her childhood, she rediscovers a part of herself by wearing her Malka crown.

Déracinée dans son enfance, elle redécouvre une partie d'elle-même en portant sa couronne Malka.

Déraciné. Un adjectif fort avec une signification profonde qui me ramène à cette question d'identité, si précieuse pour le sentiment d'appartenance. Par définition, une personne déracinée est quelqu'un "qui est détaché de tout ce à quoi il était lié par des liens étroits ou qui a été arraché à ce qui lui était cher, en particulier son pays d'origine."

 

Permettez-moi de vous présenter Audrey, ma meilleure amie et l'une des plus belles âmes que je connaisse.

 

Elle a trente ans, fraîchement diplômée en droit des affaires à Londres. Mais son parcours a commencé loin des lumières de la ville, sur la magnifique île de la Guadeloupe, dans les Caraïbes françaises.

Élevée par un père entrepreneur et une mère enseignante, Audrey a grandi entourée d'ambition et de curiosité. Ses parents emmenaient leur enfant unique partout avec eux. Leurs aventures sont devenues comme sa salle de classe.

Lorsque son père a eu une nouvelle opportunité à Paris, ils n'ont pas hésité. Ils ont fait leurs valises et ont déménagé, en quête de croissance, de changement et de nouvelles possibilités.

(Anecdote amusante : Audrey et moi nous sommes rencontrées pendant son séjour à Paris, à l'école primaire ! Nous nous sommes perdues de vue pendant des années, puis nous nous sommes reconnectées sur Facebook deux décennies plus tard lorsque j'ai déménagé à Londres. C'est le destin.)

Mais le voyage ne s'est pas arrêté là. Quelques années plus tard, son père a décidé de franchir une nouvelle étape, cette fois-ci de l'autre côté de la Manche. « Apprendre l'anglais ouvrira encore plus de portes », a-t-il dit. Et ainsi, ils ont déménagé à nouveau, cette fois à Londres.

Audrey dit souvent :

« Je suis éternellement reconnaissante envers mes parents et leur courage. Ils m'ont donné des choix, des opportunités et une vision du monde que je n'aurais peut-être jamais eue si nous étions restés en Guadeloupe. »

 

 

À son arrivée au Royaume-Uni (dans le Kent, en fait), elle ne parlait pas un mot d'anglais. Il lui a fallu un certain temps pour s'adapter à une langue et à une culture encore plus éloignées de la sienne. Le temps a passé, et elle vit maintenant au Royaume-Uni depuis 17 ans. Elle m'a avoué un jour que, bien qu'elle se sente chez elle ici, elle cherche à se rapprocher de son héritage caribéen en vieillissant.

 

Comment se reconnecter à ses origines quand on est si loin ?

 

Ce sentiment de solitude, d’être seul face à cette expérience unique de l'entre-deux. Cette nostalgie des couleurs du pays, des odeurs et des paysages qui ont bercé notre enfance. Cette sensation d’être en constant décalage entre sa culture d'origine et la société de notre pays d'accueil, à laquelle nous avons été si bien assimilés.

Certains n'ont parfois eu la chance d'entrevoir les merveilles de leurs îles qu'à travers une carte postale ou des appels téléphoniques avec une famille lointaine. Cela nous renvoie à cette quête identitaire, naviguant entre plusieurs cultures et plusieurs histoires qui ne sont souvent pas les nôtres mais qui résonnent pourtant si bien.

 

 

En tant qu'Antillaise, je pense que c'est un sentiment que nous avons toujours vécu d'une manière ou d'une autre. Notre peuple a réussi à forger une identité propre, façonnée par le métissage complexe d'influences africaines, européennes et asiatiques. Cet arrachement nous a permis de créer une culture distincte et riche. La culture créole.

Cette culture est aujourd'hui notre fierté, nous poussant à la quête de sens et à la résilience face aux épreuves. Elle nous donne une forte notion de communauté, surtout lorsque nous sommes loin de chez nous.

 

Un soir d'octobre, Audrey et moi sommes allées à une fête qui mettait à l'honneur l'expression culturelle du Gwoka.

 

Organisée par une association de Guadeloupéens à Londres, cette soirée a été l'occasion pour nous de danser, chanter et jouer du tambour aux rythmes de nos ancêtres. 

En quittant la maison, j'ai attrapé un bandeau Lila Madras de mon sac. Il était inconcevable pour moi que ma meilleure amie ne porte pas son foulard Madras pour une soirée aussi symbolique.

À notre arrivée, je l'ai fièrement couronnée aux yeux des spectateurs. Ils ne savaient plus s'il fallait regarder le spectacle, la femme couronnée et la magnifique pièce de Madras posée sur sa tête, ou les trois à la fois. Cela ressemble à une merveilleuse peinture d'antan.

 

 

À ce moment-là, j'étais très fière de voir le pouvoir qu'une Couronne pouvait avoir. Non seulement parce qu'Audrey portait fièrement sa Couronne Malka, mais surtout parce qu'elle était en Madras. Je suis sûre que sa grand-mère aurait été fière de la voir la porter avec une telle élégance et fierté. J'ai vu ma meilleure amie si heureuse, se sentant à sa place, représentant son héritage si fort et avec fierté.

 

Ce soir-là, j'ai compris que nos Couronnes ne sont pas de simples morceaux de tissu. Elles deviennent des racines pour ceux qui en manquent, un pont entre ce que nous avons perdu et ce que nous portons encore en nous. Une Couronne ne répare pas tout... mais elle nous rappelle d'où nous venons, et parfois, c'est le premier pas pour se retrouver.

 

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